Dans l’inconscient collectif, la langue française évoque une certaine élégance, le romantisme… Pour beaucoup, elle est la langue de l’amour. Elle n’en est pas moins réputée pour être ardue, peu accessible, avec ses règles compliquées, pour ne pas dire incompréhensibles – et bien sûr toutes les exceptions qui vont avec –, ses subtilités et ses pièges.
Selon une enquête approfondie sur la perception de la langue et de la culture française à travers le monde, menée par l’Institut français au cours de l’année 2024, la langue française est perçue comme belle et romantique (pour 80 % du panel), même si 65 % des interrogés la trouvent élitiste ou difficile à apprendre.
Avouons-le : aussi belle soit la langue française, l’exercice de celle-ci ressemble plus à une déambulation dans un labyrinthe qu’à une promenade de santé. Et ce constat ne se fait pas seulement chez les personnes qui s’y confrontent en situation d’apprentissage d’une langue étrangère… bien au contraire ! Les Français eux-mêmes (et tous ceux dont le français est la langue officielle, première ou maternelle, soyons solidaires) sont très souvent perdus face aux usages de leur propre langue. Combien d’entre nous n’ont pas déjà compati face à un apprenant en lutte avec la prononciation des différents sons [o] en français : o ? au ? eau ? ô ? ot ? aux ? …
L'ego du sachant
Disons-le franchement : notre langue peut sembler un peu impressionnante. Le problème, c’est que le français (et ceux qui le manient avec aisance, en général) adore ça. Il y a cette satisfaction personnelle à souligner à son collègue de bureau que, dans son e-mail envoyé ce matin, il a malencontreusement confondu les terminaisons du futur simple et du conditionnel présent… Ou encore cette petite victoire personnelle de ne pas voir apparaître, dans son logiciel de traitement de texte, les pointillés rouges sous un mot où l’on se sera rappelé, comme par miracle, qu’il fallait doubler la consonne…
Le français – à l’instar du Français – est exigeant. Capricieux. Un brin élitiste, on l’a dit. Et il assume ! Alors bien sûr, il n’a pas le monopole en matière de difficultés et d’exceptions… Mais tout de même, il fait tout pour nous rendre la vie difficile… et nous laisser dans l’embarras.
Le complément d’objet direct… en voilà une notion lointaine qu’on aurait tous préféré laisser quelque part dans un coin de notre tête, avec nos souvenirs d’école primaire !
Observons quelques curiosités, pour l’exemple. On écrit bien « un porte-monnaie », avec un trait d’union : jusque là, vous me suivez… Pourtant, on écrit aussi « un portemanteau »… en un seul mot ! Et d’ailleurs, dans le même genre, pourquoi écrit-on « des portes-fenêtres » (avec des « s ») mais « des porte-serviettes » (avec un seul « s » à « serviette ») ? Ou encore « des gardes-malades », mais « des garde-robes » ? Ça se complique un peu, là, non ?
Si vous le saviez, bravo : c’est que vous êtes incollables sur le pluriel des mots composés. Mais si d’un coup, tout ça ne semble plus très clair, pas de panique… C’est justement ce genre de mystères que je vous propose d’élucider ensemble dans cette nouvelle série d’articles que j’ai choisi d’intituler « Les bêtes noires du français » (autant jouer franc-jeu tout de suite… ah, encore un mot composé !).
Et quid du participe passé ? Ce petit malin qui change d’accord selon que le COD est placé devant ou derrière le verbe. Eh oui, le complément d’objet direct… en voilà une notion lointaine qu’on aurait tous préféré laisser quelque part dans un coin de notre tête, avec nos souvenirs d’école primaire ! Pourtant, il est bien utile quand il s’agit d’accorder nos fameux participes passés ! Et encore, je n’ai pas abordé la question des auxiliaires, « être » ou « avoir », qu’il faudra aussi prendre en compte… Et que dire, également, du cas des verbes pronominaux !
J’en ai perdu certains ? Je m’arrête là ! Le but n’est pas de vous effrayer avant même d’avoir commencé…
Alors non, le français n’est pas une langue « facile ». C’est établi. Mais vous savez quoi ? Ses règles ne sont pas insurmontables : promis !
Pourquoi se battre ?
Heureusement, le français n’est pas qu’une langue fastidieuse : sinon, on aurait déjà tous abandonné ! C’est aussi une langue de précision, de poésie, de nuance. Bien la manier, c’est s’offrir la possibilité d’être compris, écouté, et parfois même admiré. En domptant ces « bêtes noires », on gagne en liberté, en confiance et en justesse dans la transmission de nos idées et de nos émotions.
Il est important de se souvenir que vous n’êtes pas seul à galérer ! En tant que correctrice et tutrice en français, je le vois et en fais l’expérience moi-même tous les jours : avec le français, le doute est toujours permis… n’en déplaise à l’ego.
Cette langue est aussi redoutable que fascinante. Avec cette nouvelle série d’articles, j’aimerais vous offrir une boîte à outils. Le but ? Ne surtout pas se prendre la tête. Au contraire, il s’agit plutôt de vous convaincre que l’on peut jouer avec le français, contourner les difficultés – vive la triche ! –, se réapproprier des règles oubliées et se remémorer le pourquoi de certains de nos automatismes (et heureusement qu’on en a !). Ici, on décortique, on redécouvre, on aiguise sa curiosité et surtout, on s’amuse !
Les accords capricieux, les orthographes piégeuses, les paronymes (ces mots qui se ressemblent mais qui ne sont pourtant pas les mêmes)… Rien ne sera mis de côté.
Oser questionner
Cette série sur le français et sur ses particularités sera aussi, je l’espère, l’occasion de prendre de la distance sur le caractère intouchable de notre langue. S’il est admis qu’elle est d’une richesse incroyable, il est, à mon sens, urgent de la désacraliser. Une langue vit, elle évolue avec ceux qui la pratiquent, qui l’utilisent… à quoi bon les nuances et le romantisme si personne ne sait vraiment comment s’en servir ?
Avec « Les bêtes noires », j’aimerais ouvrir une réflexion sur le français, et en particulier l’orthographe, en tant qu’outil au service de la langue : se perfectionner n’empêche pas de questionner ! N’en déplaise à quelques Immortels…
Prêt·e à relever le défi ? À affronter les bizarreries du français, une par une, sans (trop de) sueurs froides ?
Si la réponse est oui, je suis là pour vous accompagner, vous guider, vous encourager. Et pour répondre aux éventuelles questions en commentaires, bien sûr. N’hésitez pas !

I’ll be referencing this in the future.