Le jour où… J’ai découvert le métier de biographe

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Ce jour-là, je suis chez mes parents. Deuxième confinement, j’ai décidé de profiter de mes vacances en famille pour rester sur place à l’annonce d’une deuxième période d’enfermement. Adieu les 30 m2 à Paris, la solitude et l’incertitude ; bonjour le jardin parental, les moments en famille, la parenthèse dont j’avais besoin.

Il est midi, peut-être plutôt 13 heures car j’ai le souvenir d’un déjeuner qui se termine. On débarrasse la table, on range la cuisine, mes parents discutent. À la télévision, entre un jeu télé et les infos, une pastille de quelques minutes : des personnes témoignent de leur changement de vie, personnel ou professionnel. On le regarde sans le regarder, ce mini-programme, mais aujourd’hui, j’entends une histoire qui capte mon attention, celle d’une femme qui raconte comment, à la suite d’un drame familial, elle a tout quitté : un boulot prenant, une vie trépidante façon business woman, pour vivre une vie plus proche des gens… et pour écrire leur vie.

Je sens en moi l’étincelle

Quelque chose connecte. Il y a ce petit truc qui vient faire germer une réflexion. Je dis à voix haute, plus pour moi-même que pour les oreilles qui m’écoutent : « Mais ça existe, ça ? On en vit, de ça ? Je pourrais le faire, non ? Je le fais déjà, finalement… » Depuis quelques mois, en effet, je travaille sur un projet d’écriture : une personne m’a demandé de l’aide pour finaliser son autobiographie. Ce qui, au départ, devait être un travail de correction – évidemment, puisque c’est mon métier – s’est mu en une collaboration en coécriture, avec une restructuration totale du texte, pour apporter un regard extérieur à une œuvre intime. Une mission qui s’est révélée bien plus ardue que prévue, car pour la première fois, je me retrouve à plonger dans la vie d’une personne que je ne connais pas pour la transformer en livre…

Cette étincelle n’arrive pas par hasard. Depuis quelques jours, et après une promenade en bord de mer avec ma mère, ma sœur et mes neveux, une idée fixe me trotte dans la tête : est-ce qu’il ne serait pas temps pour moi de revenir au bercail ? Cela fait sept ans que j’ai quitté ma région et je n’imaginais pas rentrer : après tout, qu’est-ce que j’aurais fait, chez moi ? Pour moi, c’est à Paris que tout se passe : je travaille principalement dans la presse, je passe de rédaction en rédaction, avec quelques contrats réguliers… Je commence tout juste à me faire un réseau qui me permet la liberté dont je parle sans cesse et que j’ai tant cherchée… Mais en vérité, ça n’est pas la pertinence d’un retour qui m’a questionnée. La véritable question qui commence à me hanter, c’est : « Qu’est-ce que je fous encore là-bas ? » Plus vif, plus douloureux, plus honnête aussi.

« Je suis restée confinée chez mes parents six semaines. Six semaines durant lesquelles s’est opérée une révolution interne »

J’ai l’avantage de me connaître plutôt bien. Lorsqu’un sujet s’impose à moi, devient obsédant, parfois dans une sorte de violence mentale, c’est que quelque chose se décide en moi, quoi que j’en pense. Quand j’en suis à rédiger une liste avec des « pour » et des « contre », et que le résultat, finalement, m’importe peu, c’est que je sais déjà quelle sera l’issue de mon combat intérieur. J’étais en boucle avec moi-même : quel travail trouverai-je ? Et comment trouver un logement sans travail ? Et quelle vie y a-t-il pour moi, ici ? Et accessoirement, qu’adviendra-t-il de ma relation amoureuse, si je pars ?

Je suis restée confinée chez mes parents six semaines. Six semaines durant lesquelles s’est opérée une révolution interne. Mon ami et moi avons rompu avant mon retour à Paris, sans même que j’aie eu à formuler quoi que ce soit qui concernait un éventuel départ de ma part : alignement de planètes. Six mois plus tard, j’emménageais dans mon nouveau logement.

Et l’écriture alors ?

Pour la première fois de ma vie, un déménagement n’a pas été initié par un choix de carrière, un nouveau poste, une reconversion. Car oui, les changements de vie, je connais. Recommencer, je connais. Là, il s’agissait d’un appel du cœur. Un besoin vital. Un choix que je n’ai jamais regretté.

Pendant cette transition, j’ai bien évidemment mis en place des plans d’action. J’ai toujours eu l’audace organisée. Même mes coups de tête sont pensés dans les moindres détails. Une fois les étapes pratiques planifiées, j’ai dû réfléchir à ce projet : pourquoi ce besoin d’écrire pour les autres ? Peut-être parce que c’est un moyen d’écrire, déjà… Peut-être parce que j’adore écouter les histoires de vie, parce que je trouve que dans toutes les histoires ordinaires se niche l’extraordinaire. Peut-être parce que certains ne voient pas en quoi leur parcours mérite d’être partagé. Peut-être parce que j’ai envie de tendre une main à ceux qui ont peur de saisir un stylo ? Peut-être juste parce que j’en ai envie. Et si ça commençait par ça ?

« Les semaines passent et rien n’avance. Comme si j’avais trouvé le costume parfait, mais que je ne savais pas comment l’enfiler. »

En parallèle, et alors que la perspective d’un emploi était nébuleuse, j’ai l’occasion de travailler ponctuellement au sein de la rédaction d’un journal régional, ce qui me permet d’avoir de quoi vivre en attendant de préparer mon projet. « Écrivain biographe », cette étiquette semble évidente à porter et pourtant les semaines passent… et rien n’avance. Comme si j’avais trouvé le costume parfait mais que je ne savais pas comment l’enfiler. Pour la première fois de ma vie, là aussi, je suis démunie : par où, par quoi commencer ? Que faire et comment ? Tout me paralyse. Et si je m’étais trompée ?

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Je ne serais pas en train d’écrire ce texte s’il y avait eu maldonne. Mais il aura fallu de longs mois pour faire un premier pas vers ma nouvelle activité. Plus qu’un plan d’action, il m’a fallu cheminer. Longuement. Bien plus longtemps que prévu. Je ne sais pas pour les autres, mais pour moi, rien ne se passe jamais comme prévu. Et c’est tant mieux.

 

Il y a eu un coup de tonnerre, l’étincelle, et le feu aux poudres. Puis la braise, mourante, presque éteinte, qui s’anime à chaque petit souffle d’air, mais qui ne renaît pas dans sa cendre. Et puis un jour, enfin, le brasier. Mais de ce jour-là, je vous parlerai une prochaine fois…

2 réflexions sur “Le jour où… J’ai découvert le métier de biographe”

  1. Quand l’évidence vient de murmurer à l’oreille… les signes se multiplient. Que c’est agréable de te lire. Vivement la suite !

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